jeudi 13 septembre 2012

Madame la fonctionnaire


Elle a tout juste 20 ans, sort à peine de l’université, a trouvé un emploi au centre de protection et de réadaptation de l'enfance de la Côte-Nord, probablement parce que c’est plus facile de travailler quelques années en région avant d’appliquer par ancienneté dans les grands centres urbains. Elle n’a pas d’enfants, croit que la théorie de ses livres s’apparente à la réalité quotidienne et pourtant, elle a ton destin dans son « jugement ».

Et c’est triste que pour une deuxième fois, je doive défendre l’attitude de mon garçon à une fonctionnaire de la DPJ. Une jeune femme qui ne connait rien du cheminement que j’ai fait pour mon fils, qui répond au signalement d’une autre fonctionnaire, une résidente en pseudo-psy du CHUL. Une autre jeune universitaire sans enfant qui n’a aucune idée de la vie, ses épreuves et ses difficultés.

Parce que vivre 2 ou 3 peines d’amour ce n’est pas les épreuves de la vie. Parce qu’à 20 ans, en 2012, ce sont encore des adolescentes qui tentent de te montrer à éduquer ton adolescent qu'elle ne connait pas.

Dois-je vous rappelez, madame la fonctionnaire, que le premier signalement, par une autre ts du CLSC de Charlesbourg, s’est conclu avec un : « Vous avez parlé avec votre cœur de père, c’est cela que nous voulions entendre! »

J’ai dû encore une fois justifier les paroles « Je vais me suicider » de mon garçon, mention qu’il prononce, malheureusement, depuis l’âge de 7 ans. Je m’en souviens encore, il était assis sur le banc à l’arrière de mon véhicule, il se plaignait de l’école et avait dit : « Je veux rejoindre Claude (mon beau-père qui venait de mourir d’un cancer) dans le ciel. »

Comment, madame la fonctionnaire, croyez-vous que je me sens de donner la vie et d’entendre à cet âge qu’il veut mourir?

Comment, madame la fonctionnaire, diriez-vous à un enfant qui ne s’est pas lavé depuis 4 jours, qui sent fort et mauvais, qui porte le même linge taché depuis autant de jour et qui ne veut toujours pas aller se laver? Prend la tite débarbouillette avec le ti savon et fait de la moumousse sur tes tites papattes? Non, madame la fonctionnaire, ça ne fonctionne pas, j'ai essayé.

Comment, madame la fonctionnaire, vous qui savez tout grâce aux livres extraordinaires de votre université,  convaincriez-vous un enfant de manger la nourriture dans son assiette quand il te dit qu’il ne mangera pas de la marde? Il se couche à 2h du matin et toi à 21 heures, comme si je ne savais pas qu’il s’empiffre pendant que je dors…

Comment, madame la fonctionnaire, déplaceriez-vous un enfant du sous-sol, lui qui n’aime que les jeux vidéo et comment l’amèneriez-vous à s’intéresser à autre chose? J’ai fait de la musique, de l’écriture, je joue au dek, rien de cela ne l’intéresse. Je l'ai inscrit au soccer, à la natation, au karaté, il a essayé des trucs au primaire, mais rien ne l'intéresse. L'école c'est plate, c'est la seule chose qu'il pourra vous dire, s'il vous le dit, parce qu'il ne parle pas vraiment.

Pourquoi, madame la fonctionnaire, ne vous occupez-vous pas des enfants battus, séquestrés, qui arrivent gelés ou saouls à la maison et dont les parents ignorent le comportement? Ah oui, ils n'ont pas eu de signalement eux...

Vous feriez mieux que moi, madame la fonctionnaire, quand votre enfant vous exaspère et vous pousse à bout? Le chapitre 16 de votre manuel de cours de psychologie pédiatrique proposerait quoi comme intervention?

Non, madame la fonctionnaire, je ne suis pas parfait. Je suis humain. Comme papa, j’ai fait et je fais mon possible pour inculquer de bonne valeur à mon fils qui, comme une huitre, est renfermé sous sa carapace, bien dans son malheur, dans son négativisme, dans sa noirceur.

Non, madame la fonctionnaire, je ne me lève pas les matins en essayant de trouver une astuce pour dénigrer mon fils, il le fait bien lui-même, il n’a pas besoin de l’aide extérieure.

Et si, un jour, il pose le geste ultime, irréparable, incompréhensible, croyez-vous, madame la fonctionnaire, que votre intervention, si intervention il y a, aurait changé quelque chose? J’ai bien peur que non. Malgré votre échec, vous toucherez quand même votre pitance pendant que moi, je tenterai de continuer une vie normale, ce qui est impossible, admettez-le.

Retournez à vos bouquins et laissez-moi m’organiser avec mon garçon, il n’a pas besoin de la visite hypocrite d’une fonctionnaire payée avec MES taxes et MES impôts. Cela ébranlera encore plus sa minuscule estime de soi parce qu’il va se sentir exclu, différent et seul et à l’adolescence, madame la fonctionnaire, ce que pensent les autres, c’est important.

La vie est ainsi. Aucun livre et aucun psy ne peut régler les problèmes d’un enfant qui refuse de parler, qui se complait dans le négatif et le dénigrement, qui ne sort pas du sous-sol, qui ne veut pas jouer dehors. C’est lui, un jour, qui devra décider s’il désire continuer ainsi ou sociabiliser avec les autres, s’occuper de son corps et de sa santé. Pour le moment, ne pas écouter et s’opposer à ses parents est la norme et non, madame la fonctionnaire, aucun livre ne peut casser ce pattern et encore moins une jeune femme de 20 ans.

Je vous le répète, madame la fonctionnaire, je n’ai pas besoin d’un fonctionnaire, d’un juge ou de quiconque pour savoir quoi faire pour mon fils et encore moins de la DPJ, organisme qui se cherche des causes sans vraiment régler les vraies. Je saurai bien m'en sortir seul, je l'ai fais toute ma vie.

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